Indexer le réel plutôt que d’en produire des icônes : telle est l’opération à laquelle Camille Lavaud soumet son environnement quotidien et les lieux dans lesquelles elle évolue. Selon la terminologie du sémiologue Charles S. Pierce, à la différence des « icônes », qui reposent sur des procédés de schématisations symboliques et de ressemblances perceptuelles, les « index », aussi nommés « indices », entretiennent un lien physique direct avec leurs référents, dont ils sont l’empreinte, la marque ou la trace. Ainsi en va-t-il des pièces de l’artiste. Pour ce faire, tout commence chez elle par l’observation à la fois sensible et intellectuelle des architectures où elle se trouve, par un regard tactile porté sur leurs propriétés matérielles et structurelles, des revêtements du sol aux couches de peinture appliquées aux murs, en passant par les briques de ciments, les treillis en béton armé et les enduits de plâtre qui les composent. Autant d’éléments dont l’artiste retient certaines qualités plastiques pour les reproduire en atelier ou dont elle scanne des fragments qu’elle retravaille ensuite sur ordinateur. On les retrouve notamment compactés dans des sortes de sarcophages en plexiglas transparent, sous formes de contours imprimés sur des plaques de résine et de fibre de verre, ou encore dans des sculptures que l’artiste nous donne à voir qu’à travers leurs reproductions photographiques. Dans un cas comme dans l’autre, Camille Lavaud présente des blocs d’espace-temps, des sédimentations d’histoires et de contextes architecturaux dont elle restitue la texture sensible.
Sarah Ilher-Meyer
Rather than icons, Camille Lavaud makes indexes out of reality. It is a process she exercises on her daily environment and the places that have marked her along the way. According to the terminology of semiologist Charles S.Pierce, unlike « icons », which are based on processes of symbolical schematization and perceptual similarities, « indexes » also called « indications », have a direct physical link with their referents, of which they are the imprint, the mark, and the trace. The same could be said about Camille Lavaud’s creations. She begins her creative process with making detailed and intellectual observations on her environment’s material and structural properties, from the floor coverings to the wall paint, cement bricks, reinforced concrete beams, and the plaster covering whole. These elements all have some visual quality that inspires the artist to reproduce them in her studio, then scan their fragments onto hr computer so she can work on them some more. We usually find them compacted in a transparent Pleiglas sarcophagus, wuth their outlines transferred onto resin strips and glass fibers, or even as sculptures the artist presents to us via their photographic representation. Whatever their form, Camille Lavaud offers us blocks of space and time, the fragile texture of the sedimented architectural stories and contexts she restores.
Sarah Ilher-Meyer